L’envol des cigognes . Simon Abcarian . TNT

« Qu’il se mange lui même [le monde] », voilà une des phrases qui résonne pour nous de ce spectacle. Une vie en temps de guerre magnifiquement orchestrée par une scénographie changeante, entrecoupée de disputes de famille. Le jeu des acteurs nous plonge dans un univers tourmenté, qui, interroge sur de nombreuses questions ou clichés. La vengeance et la justice, l’immigration, la place de la femme, la vie et la mort. Interprétés à merveille par une dizaine d’acteurs, ces personnages sont tous plus caractéristiques les uns que les autres. Parmi eux, un philosophe aviné qui expose ses critiques sociétales, politiques et assure quand il fixe le soleil, que « c’est lui qui se met de la crème ». Un humour tranché parfois dur. Une représentation, qui nous livre à nos questionnements sur les horreurs de la guerre, dont la violence morale est bien plus meurtrière que la violence physique. Un spectacle à voir sans avoir peur d’y laisser couler quelques larmes.
A.B.

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Ernani . Opéra . Verdi . Brigitte Jaques- Wajeman . Théâtre du Capitole

Nous avons eu la chance d’assister à la générale d’Ernani au théâtre du Capitole avant que le spectacle ne soit annulé. Dans cet opéra de Verdi, trois hommes se battent pour l’amour de la belle Elvira. Ils se confrontent vocalement : Ernani, le jeune Ténor, le futur Roi Charles Quint avec une voix de baryton et enfin, le vieux Da Silva avec sa voix de basse. Ces échanges et ses confrontations sont largement soutenues par la présence des chœurs d’hommes et de femmes caractéristiques de l’œuvre de Verdi. Mais outre l’amour d’Elvira, c’est aussi leur condition sociale, leur age, leur désir de vengeance, leur sens de l’honneur, qui opposent et parfois rallient ces hommes. Dans la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman les décors sont épurés mais imposant soulignant peut-être l’insignifiance des hommes et de leurs querelles, les costumes oscillent entre des costumes contemporains pour les militaires transformés pour certains en soldat du GIGN et des costumes austères des années 40 pour l’entourage du vieux Da Silva et de soirée pour la scène finale du mariage.

Dawson / Forsythe / Godani . Ballet du Capitole

A travers une soirée autour de la danse néo-classique et post-néoclassique, nous découvrons (ou redécouvrons) 3 Chorégraphes, 3 Ballets, 3 styles et 3 atmosphères bien distinctes.…
Avec A million Kisses to my skin nous plongeons grâce à la musique de Johann Sebastian Bach « Concerto pour clavier N°1 » et à la chorégraphie de David Dawson, dans un climat de volupté de la technique, musclée et élégante. Tel de petits anges farceurs et festifs, les 3 danseurs et 6 danseuses paradent de leur débordante et malicieuse énergie dans le ciel azur épuré.

Avec The Vertiginous Thrill of exactitude sur la musique « l’allegro vivace de la symphonie N°9 » de Franz Schubert, nous sommes encore sur la rencontre d’une composition chorégraphique néoclassique et d’une musique classique. Nous retrouvons une technique tout en extension et en verticalité exécutée avec une exigence de rapidité absolument maîtrisée. Composés d’un tutu plateau souple d’un vert pomme éclatant, ondulant aux gré des sauts (et du vent, pouvons-nous imaginer), les costumes de Stephen Galloway complètent ce ballet d’une joyeuse dynamique.

Enfin, avec A.U.R.A. (Anarchist Unit Related to Art) de Jacopo Godani nous sommes projetés dans un univers de destruction. Par la musique concrète, électronique et agressive de 48nord (Ulrich Müller et Siegfried Rössert), par des flashs de lumière blanche aveuglante sur un décor à dominante noire et grise, bousculant les sens et la perception. Mais surtout, c’est par la déconstruction du mouvement, très anguleux et tortueux, que la danse pourrait se rapprocher d’un rituel (d’un sacre du printemps post-apocalyptique). Et devant ces danseurs à la gestuelle robotique, d’automates ou de pantins, nous pouvons nous demander s’ils sont manipulés par un esprit extérieur ou par leur propre souffrance, par leur folie…

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Amphitryon . Heinrich von Kleist . Sébastien Derrey . Théâtre Garonne

amphitryonfevAmphitryon parti en guerre, le dieu Zeus prend ses traits afin de passer du bon temps avec son épouse pieuse et fidèle. Hermès pendant cela demande à l’Aurore de retarder son lever laissant plus de temps pour engendrer le tout puissant Héraclès qu’Alcmène enfantera. C’est au retour victorieux d’Amphitryon que celui, accompagné de son second Sosie découvre la supercherie. En rage, il décide de punir sa femme avant de comprendre le noeud de l’intrique. Finalement, Amphitryon acceptera la fatalité du choix des Dieux et sera transigent envers Alcmène.

Ici, le jeu de doubles sert différents jeux de mise en scène : un Sosie peu sûr de lui et de ses convictions face à un autre Sosie qui lui est confiant et quelque peu autoritaire ; un Amphitryon bafoué par le cocuage d’Alcmène, empli de rage face à son double divin, posé, calme et réfléchi ; deux personnages féminins, Alcmène et Caris, ahuries et désemparées, incapables de reconnaitre leur véritable époux.
Le décor propose un rempart royal fait de rideaux bordeaux montés sur un échafaudage disposé en demi-cercle, un temple suggéré par une table basse octogonale avec un support à encens, et un ciel représenté par une grande toile blanche au-dessus du « palais ».
Les costumes anachroniques nous permettent malgré tout d’identifier les classes sociales des personnages, avec deux Amphitryon en uniforme et grande cape de velours bordeaux face à deux Sosie bien différents, mais vêtus de vestons trop amples, de tee-shirts trop mous et de pantalons un peu courts. Le vol d’identité, sujet de cette pièce, fonctionne donc assez bien dans ce double duo, par l’illusion des Amphitryon ou par la dérision des Sosie.
D.W.

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Béatrice et Bénédict . Hector Berlioz. Richard Brunel . Théâtre du Capitole

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Béatrice et Bénédict est un opéra-comique en deux actes de Richard Brunel, d’après l’opéra du compositeur Hector Berlioz, interprétant la pièce Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare.
L’opéra se déroule à Messine, en Sicile, où Claudio, Benedict et leurs camarades soldats reviennent de la guerre contre les maures. Héro retrouve Claudio son fiancé, et commence les préparatifs de leur mariage. Béatrice la cousine de Héro, n’attend pas, en apparences, le retour de Bénédict qu’elle raille à la moindre occasion, et qui le lui rend bien. Héro et Claudio, aidés de leurs amis, vont comploter pour rapprocher Béatrice et Bénédict, trop orgueilleux pour avouer à qui que ce soit leur attirance réciproque. Ironie du sort, ceux-ci réalisent enfin leur amour lorsque le mariage de Héro et Claudio se trouve gâché par un soupirant jaloux.
Cet opéra mis en scène par Richard Brunel, nous transporte dans un univers intemporel: les costumes féminins rappellent le milieu du XXème siècle, ceux des militaires sont plus contemporains. Le décor est minimaliste: un escalier en bois, un fond orné de feuillage, un balcon créent une ambiance romantique. Quatre armoires sont utilisées de différentes manières tout au long du spectacle, tantôt comme telles, tantôt comme murs derrière lesquels se dissimulent les curieux, tantôt comme table de banquet lors du mariage. Les choeurs, tantôt effacés, tantôt semblant une foule dans laquelle évoluent les solistes, semblent découvrir eux-même le déroulement de l’intrigue.
Le metteur en scène Richard Brunel a choisi de donner à cet opéra une fin inédite: Béatrice et Benédict se rendent compte qu’ils se sont toujours aimés, en même temps que Héro réalise le manque de confiance de son fiancé qui a cru le honteux mensonge. Malgré les insistances de celui-ci, elle ne pourra plus l’épouser. Le mariage qui aura lieu sera donc celui de Béatrice et Bénédict, utilisant les vestiges du mariage avorté  plus tôt. Cette fin casse les codes traditionnels des intrigues romantiques, en laissant le spectateur songeur, ne sachant s’il se réjouit d’un heureux mariage, ou déplore le déchirement d’un couple que tout semblait unir…

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Late Night . Blitz Theatre Group . Théâtre Garonne

late_nightcvassilis_makris-5Late Night nous plonge dans un environnement déroutant. Les couples dansent, tournent, virevoltent dans un décor s’apparentant aussi bien à une piste de danse qu’à un champs de ruine. Ils tournent, ils s’arrêtent, ils avancent, ils reculent, autour de tango et de valses, ils déclament. Un micro, une personne, une phrase, un souvenir. Chacun à sa manière se rappelle un instant avant de rejoindre à nouveau la piste de danse. Un monde en guerre, voilà le propos auquel chacun fait référence, des conflits, des dates clefs, d’autres non, le tout se mélange, se croise, s’échange. Croisement entre références culturelles comme La Jetée, Le Mépris, musiques cultes et d’autres références à des événements historiques, le spectateur est emporté et chamboulé par le spectacle.  On assiste là à un marathon de danse où la seule idée est celle de résister à un monde toujours en déséquilibre.