Amphitryon . Heinrich von Kleist . Sébastien Derrey . Théâtre Garonne

amphitryonfevAmphitryon parti en guerre, le dieu Zeus prend ses traits afin de passer du bon temps avec son épouse pieuse et fidèle. Hermès pendant cela demande à l’Aurore de retarder son lever laissant plus de temps pour engendrer le tout puissant Héraclès qu’Alcmène enfantera. C’est au retour victorieux d’Amphitryon que celui, accompagné de son second Sosie découvre la supercherie. En rage, il décide de punir sa femme avant de comprendre le noeud de l’intrique. Finalement, Amphitryon acceptera la fatalité du choix des Dieux et sera transigent envers Alcmène.

Ici, le jeu de doubles sert différents jeux de mise en scène : un Sosie peu sûr de lui et de ses convictions face à un autre Sosie qui lui est confiant et quelque peu autoritaire ; un Amphitryon bafoué par le cocuage d’Alcmène, empli de rage face à son double divin, posé, calme et réfléchi ; deux personnages féminins, Alcmène et Caris, ahuries et désemparées, incapables de reconnaitre leur véritable époux.
Le décor propose un rempart royal fait de rideaux bordeaux montés sur un échafaudage disposé en demi-cercle, un temple suggéré par une table basse octogonale avec un support à encens, et un ciel représenté par une grande toile blanche au-dessus du « palais ».
Les costumes anachroniques nous permettent malgré tout d’identifier les classes sociales des personnages, avec deux Amphitryon en uniforme et grande cape de velours bordeaux face à deux Sosie bien différents, mais vêtus de vestons trop amples, de tee-shirts trop mous et de pantalons un peu courts. Le vol d’identité, sujet de cette pièce, fonctionne donc assez bien dans ce double duo, par l’illusion des Amphitryon ou par la dérision des Sosie.
D.W.

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Béatrice et Bénédict . Hector Berlioz. Richard Brunel . Théâtre du Capitole

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Béatrice et Bénédict est un opéra-comique en deux actes de Richard Brunel, d’après l’opéra du compositeur Hector Berlioz, interprétant la pièce Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare.
L’opéra se déroule à Messine, en Sicile, où Claudio, Benedict et leurs camarades soldats reviennent de la guerre contre les maures. Héro retrouve Claudio son fiancé, et commence les préparatifs de leur mariage. Béatrice la cousine de Héro, n’attend pas, en apparences, le retour de Bénédict qu’elle raille à la moindre occasion, et qui le lui rend bien. Héro et Claudio, aidés de leurs amis, vont comploter pour rapprocher Béatrice et Bénédict, trop orgueilleux pour avouer à qui que ce soit leur attirance réciproque. Ironie du sort, ceux-ci réalisent enfin leur amour lorsque le mariage de Héro et Claudio se trouve gâché par un soupirant jaloux.
Cet opéra mis en scène par Richard Brunel, nous transporte dans un univers intemporel: les costumes féminins rappellent le milieu du XXème siècle, ceux des militaires sont plus contemporains. Le décor est minimaliste: un escalier en bois, un fond orné de feuillage, un balcon créent une ambiance romantique. Quatre armoires sont utilisées de différentes manières tout au long du spectacle, tantôt comme telles, tantôt comme murs derrière lesquels se dissimulent les curieux, tantôt comme table de banquet lors du mariage. Les choeurs, tantôt effacés, tantôt semblant une foule dans laquelle évoluent les solistes, semblent découvrir eux-même le déroulement de l’intrigue.
Le metteur en scène Richard Brunel a choisi de donner à cet opéra une fin inédite: Béatrice et Benédict se rendent compte qu’ils se sont toujours aimés, en même temps que Héro réalise le manque de confiance de son fiancé qui a cru le honteux mensonge. Malgré les insistances de celui-ci, elle ne pourra plus l’épouser. Le mariage qui aura lieu sera donc celui de Béatrice et Bénédict, utilisant les vestiges du mariage avorté  plus tôt. Cette fin casse les codes traditionnels des intrigues romantiques, en laissant le spectateur songeur, ne sachant s’il se réjouit d’un heureux mariage, ou déplore le déchirement d’un couple que tout semblait unir…

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Late Night . Blitz Theatre Group . Théâtre Garonne

late_nightcvassilis_makris-5Late Night nous plonge dans un environnement déroutant. Les couples dansent, tournent, virevoltent dans un décor s’apparentant aussi bien à une piste de danse qu’à un champs de ruine. Ils tournent, ils s’arrêtent, ils avancent, ils reculent, autour de tango et de valses, ils déclament. Un micro, une personne, une phrase, un souvenir. Chacun à sa manière se rappelle un instant avant de rejoindre à nouveau la piste de danse. Un monde en guerre, voilà le propos auquel chacun fait référence, des conflits, des dates clefs, d’autres non, le tout se mélange, se croise, s’échange. Croisement entre références culturelles comme La Jetée, Le Mépris, musiques cultes et d’autres références à des événements historiques, le spectateur est emporté et chamboulé par le spectacle.  On assiste là à un marathon de danse où la seule idée est celle de résister à un monde toujours en déséquilibre.

Orestie (une comédie organique ?) . Roméo Castelluci . TNT

Orestie_©GuidoMencari_12_spectacleCe spectacle ayant contribué à faire la renommée de  Roméo Castelluci et de sa troupe, la Socìetas Raffaello Sanzio, par le scandale qu’il a provoqué lors de sa création en 1995, partage toujours autant les spectateurs plus de vingt ans après. Il est vrai qu’il y a de quoi être dérouté et que l’on peut se demander ce qui reste de la trilogie d’Eschyle avec les très nombreuses coupes effectuées dans le texte et les images chocs qui nous sont assénées parfois dans un vacarme assourdissant. Indiscutablement, ces images créent le malaise chez beaucoup de spectateurs. Ce qui choque le plus c’est certainement le choix de montrer des corps nus d’acteurs atypiques, marqués par l’obésité (Clytemenestre, Cassandre), ou au contraire l’extrême maigreur (Pylade), la trisomie (Agamemnon) ou l’absence de bras (Apollon). Ces comédiens nous révèlent combien notre regard est encore peu habitué à la différence. Cependant, on ne peut pas résumer le spectacle à une simple exposition de « monstres » comme au temps des freaks et la trame générale de l’Orestie est respectée, avec sa suite de crimes terribles. Finalement, si nous sommes saisis d’effroi, c’est peut être justement la preuve que Castelluci arrive à faire revivre la tragédie antique dans ce qui fait son essence.

L’italienne à Alger . Rossini . Laura Scozzi . Opéra du Capitole

italienne_alger_capitolePersonnalité forte, Isabella, l’Italienne, traverse les mers pour venir chercher son amant Lindoro, esclave dans un sérail d’Alger. Les hommes face à elle ne résistent pas à ses charmes… même ceux, comme Mustafa, Le Bey du sérail, qui pourtant considèrent les femmes comme un passe-temps que l’on se paye pour faire oublier celle que l’on doit supporter, son épouse.
Traitant de manière assez cru cet érotisme qui s’achète, Laura Scozzi profite aussi de ce voyage Italie-Algérie pour évoquer des questions d’immigration, de politique et de manipulation.
Le plus touchant dans cette mise en scène est peut-être la performance de Marianna Pizzolato, qui conquit aussi le public. Imposante par sa voix, par son corps et par son jeu, elle use de toutes ses qualités pour donner du sens à ses différents costumes : avec beaucoup d’humour et d’assurance, elle nous interroge sur cette image de la femme-désir.

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Paradis Perdus . ballet du Capitole . Saint Pierre des Cuisines

Paradis_Perdus_1Trois ballets pour une soirée de danse avec le ballet du capitole dans ce lieux si sobre et imposant.

La Salle des pas perdus, est une chorégraphie de Kader Belarbi, créée en 1997 sur une musique de Sergueï Prokofiev. On y trouve quatre danseurs usés par le temps qui transportent avec leur souvenir dans une valise trop lourde pour eux. Souvent seuls et fragiles, ils échangent aussi à 2, à 3 ou à 4… partageant, se soutenant ou chancelant face à leur mémoire.

Paradis_Perdus_2Pour la création de Thousand of Thoughts, Angel Rodriguez travaille sur un fait historique de la fin de la guerre d’Espagne, symbole de la cruauté de Franco et de ses tribunaux pour évoquer la lutte des femmes. Les 13 Rosas, c’est ainsi qu’on les surnomme : ces 13 jeunes filles ou jeunes femmes arrêtées et fusillées pour leurs idées. Sur scène, elles seront 9 mais évoquent, par leur unité et leur déclinaison, les absentes.

 

Paradis_Perdus_3La dernière pièce était une création de Kader Belarbi, Mur-Mur. Des murs de la rue ou des murs d’une prison qui résonnent des chants des prisonniers ou du bruit des bottes. D’une tenue hétéroclite, ni simple référence au gang de rappeurs ou de basketteurs, ou de prisonniers, la costumière Michaela Buerger nous présente ici des silhouettes inédites et pourtant chargées de sens (disparition sous une capuche) et riche de jeu (rythme des bottes).

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