Rencontre avec Michel Pastoureau

Ce mercredi 22 novembre, à la librairie Ombres Blanches, a eu lieu une rencontre avec Michel Pastoureau autour de son nouvel ouvrage Une couleur ne vient jamais seule, qu’il définit comme un journal chromatique. Historien de la symbolique des couleurs, des emblèmes et de l’héraldique, il a évoqué l’histoire des rapports entre couleurs et société dans l’Europe Occidentale. Le chercheur a insisté sur la définition de la couleur dont il ne reconnaît pour le champ de son étude que le bleu, le vert, le jaune, le rouge, le blanc et le noir et non leurs nuances et déclinaisons. Au cours de ses longues et nombreuses recherches, il s’est tout particulièrement intéressé à ce qu’elle pouvait signifier, ce à quoi elle pouvait se rapporter. Il raconte dans ce journal des cinq dernières années de multiples anecdotes personnelles, comme son embarras, au moment de se retrouver dans une chambre d’hôtel très moderne et luxueuse, aux draps complètements noirs. Il faut dire qu’en occident, tout ce qui touche le corps depuis des siècles doit être blanc ou écru. Ce n’est qu’au XIXème siècle qu’est apparu le rayé puis le « pastel » et à partir des années 50, les couleurs vives.
Enfin, Pastoureau a conclu cette rencontre en affirmant que la couleur était avant tout un fait culturel : « Nos goûts passent par le regard des autres ». Il souligne combien la couleur, est omniprésente dans nos sociétés où sa fonction première semble être de classer, d’associer, d’opposer, de hiérarchiser.

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La mort de Tintagiles. Maurice Maeterlinck . Yohan Bret. Théâtre Sorano

Clair obscur. C’est l’expression qui nous vient lorsqu’on assiste pour la première fois à cet étrange conte de Maurice Maeterlinck, qui narre la bataille d’un jeune garçon contre une entité. Entre obscurité et lumière, Tintagiles nous emmène sur cette île, ou la reine dévoreuse d’âme, étend sa tyrannie du haut de sa tour. Ses deux sœurs, Ygraine et Bellangère, accompagnées par leur vieux serviteur, Aglovale, vont tout tenter pour protéger ce petit frère chéri. Mais cette sorcière, cette entité omniprésente par la voix, absente pour le regard, qui est-elle vraiment ?
Deux visions sont proposées aux spectateurs : devant le voile noir qui sépare en deux la scène et pour dix étudiantes de notre classe, derrière le rideau. Là,  l’espace est clos, la musique et la fumée nous enveloppent et nous sommes happés par cet environnement qui englobe totalement le spectateur assis sur scène. Les quelques lumières chaudes dévoilent un jeune homme, que nous devinons être Tintagiles. Mais les voix ne concordent pas, nous entendons clairement la sœur de l’autre côté du voile, échangeant avec son petit frère. Et ce Tintagiles présent devant nous, répond ou non, tantôt dans un souffle, tantôt d’une voix plus assurée, aux voix derrière le rideau. Nous nous focalisons sur cette étrange histoire, ce poème à quatre voix. Nous ne voyons pas les autres personnages, qui passent tels des fantômes devant le voile, qui feutre la vision. Tintagiles a peur, il se blottit contre nous.
De l’autre côté, l’histoire se dévoile. Les deux sœurs, Ygraine et Bellangère sont proches de nous, et nous partageons leur espoir et leur bataille pour sauver ce petit frère, qui semble si fragile et innocent face à cette sorcière amenant la mort, le doute et la peur. Mais la frontière tombe et l’on découvre deux Tintagiles.  Les deux mondes se mêlent, la frontière disparaît. Entre le passé et le futur, l’espoir et le désespoir, la vie et la mort, la frontière est poreuse. Finalement ce conte de scène met en lumière l’acceptation et la renaissance dans un magnifique tableau final, ou le Tintagiles qui décide de se battre, se relève et affronte ses peurs.

La Rondine . Giacomo Puccini . Nicolas Joël . Théâtre du Capitole

Le lourd rideau de velours rouge se lève, et nous voilà tout à coup plongées dans l’effervescence  des années folles ! Dans un contexte d’après-guerre où la population ne veut plus se confronter à de lourdes problématiques, Puccini propose ici un opéra frais et vivant autour d’un amour éphémère.
Magda (la soprano Ekaterina Bakanova) surnommée « l’Hirondelle » (la Rondine) gravitant dans les hautes sphères de la bonne société et les salons parisiens, quitte son confort en quête de l’amour sentimental, qu’elle trouvera en la personne de Ruggero (Dmytro Popov). Les deux tourtereaux fuient alors s’installer sur la côte d’azur, avant que le passé de Magda ne la ramène auprès de son bienfaiteur parisien, laissant son amant brisé.
Cet opéra en 3 actes coproduit avec le Royal Opera House-Covent Garden de Londres a fait le tour du monde. Sa reprise qui revient au Capitole dans une mise en scène de Nicolas Joel réalisée par Stephen Barlow, nous entraîne aujourd’hui encore, grâce à l’énergie des chanteurs, la vivacité des couleurs des costumes et les voix puissantes qui accompagnent l’orchestre du Capitole dirigé par Paolo Arrivabeni. Chaque nouveau tableau est époustouflant de par la complexité des décors Art déco, leur luxe apparent et la rapidité de leur mise en œuvre.

La Vie que je t’ai donnée . Luigi Pirandello . Jean Liermier . TNT

Trois bougies, trois femmes vêtues en noir, récitant leur prière. C’est ainsi que débute la pièce de Jean Liermier. Nous sommes dès le début plongés dans une ambiance morbide, où l’on apprend le décès d’un garçon et le deuil de sa mère. La scène présente un décor qui devient une boite à lumière, opposant la vie et la mort. D’une part, il y a une fenêtre laissant filtrer une lumière « naturelle » pouvant témoigner de la vie et de l’avenir, puis d’une autre part, une grande porte, fermée, laissant penser à quelque chose d’abouti, terminé : la chambre du défunt. La vie que je t’ai donnée raconte l’histoire d’Anna et son fils, un enfant qui avait quitté le domicile familial pendant sept ans et meurt à peine rentré auprès de sa mère, ne laissant derrière lui que de vagues souvenirs.
Tout au long de la pièce, Anna s’enfonce dans le déni et tend à démontrer que le fils restera présent tant qu’elle le portera en elle. Le théâtre devient pour elle une nécessité, le besoin de jouer pour croire encore à sa vie. Anna nous mène en tant que spectateur dans cette mise en abyme, destiné à nous perdre.
La vie que je t’ai donnée nous interroge sur notre rapport au temps et sur les morts successives que constituent nos détachements et nos éloignements des êtres aimés.

Tiefland. Eugen d’Albert. Walter Sutcliffe. Théâtre du Capitole

croquis Céleste F. Marianne F.

Au milieu des Pyrénées catalane, le riche Sebastiano propriétaire d’un domaine propose à l’un de ses bergers, Pedro, d’épouser Marta. Celui-ci est ravi d’épouser cette jolie jeune femme et voit son rêve s’accomplir.  Mais il n’a pas idée de la manipulation de Sébastiano qui en fait  afin de mieux la garder à ses côtés tout en épousant un parti plus noble)
Pour Marta, elle est d’abord contrainte puis passée la colère se rend finalement compte des qualités humaines de chaque homme. Celui qu’elle croyait être son protecteur, ne veut pas forcément son bien et celui que l’on lui a mis dans les bras est surement plus attentionné.
La métaphore du berger qui défend ses brebis et la paix de son foyer contre le méchant loup dans une bataille sans merci où « chacun y laisse des plumes » est un peu naïve dans l’écriture d’Eugen d’Albert mais reste encore aujourd’hui très touchante quand Nikolai Schukoff (Pedro) et Meagan Miller (Marta) l’interprètent.

Présentation des projets de synthèse . UE20

Nous avons terminé l’année 2016-2017 par la présentation des projets de synthèse d’Unité d’Enseignement 20. Cette épreuve qui clôture la validation du Diplôme des Métiers d’Art Costumier-réalisateur a été l’occasion pour le jury d’apprécier la démarche de recherche, les qualités de réalisation et de communication mises en place par chaque étudiante pour un projet professionnel concret.
11 étudiants sur les 13 engagées dans la formation cette année ont vu leur projet et leur diplôme validés par le jury. L’équipe pédagogique félicite l’investissement et les qualités professionnelles de chacun. En vous remerciant pour ces deux années, bonne continuation !

Art . Yasmina Reza . TgStan . Théâtre Garonne

« Dans cette mise en scène, les compagnies Tg STAN et Dood Paard revisitent Art, pièce de Yasmina Reza écrite en 1994. Les comédiens de ces deux compagnies ont pour particularité de se passer de metteur en scène.
Art présente une confrontation de points de vue prenant pour prétexte l’art contemporain. Alors que la mise en scène nous demande à quel moment commence le spectacle et donc s’il y a une frontière entre notre monde et celui de la pièce, celle-ci s’interroge sur ce qui peut être considéré ou non comme de l’art. En découlent une série de questions sur la légitimité de l’art contemporain, la cotation des artistes et de leurs œuvres ou encore le marché de l’art contemporain en tant que business. Chacun des trois personnages de la pièce a une opinion bien différente sur le sujet et en vient à l’exprimer lorsque l’un d’entre eux achète un tableau représentant de fins liserés blancs sur fond blanc pour 200 000 francs. Prenant comme point de départ leurs réactions à la nouvelle, extrêmes ou bien plus modérées, les trois amis voient quinze ans d’amitié s’ébranler alors que la dispute devient plus personnelle, les vieilles rancœurs et les non-dits (inutiles) faisant surface. Interprétée avec beaucoup d’humour, cette pièce présente de façon touchante l’amitié de personnes diamétralement opposées et la tendresse qu’ils éprouvent les uns pour les autres malgré leurs différences, les poussant à laisser leurs désaccords derrière eux afin de sauver leur relation. »
D.B.